Une balle de tennis contre une cafetière italienne
La communication interpersonnelle est un sujet infini. Trop complexe pour être simplifié, il reste un défi pour chacun d’entre nous. Qui peut affirmer : « Je n’ai aucun problème de communication, ni avec mon conjoint, ni avec mes parents, ni avec mes enfants, ni avec mes amis ! » ?
3'20'' ne prétend pas résoudre d’éventuels problèmes, ni même atténuer certaines difficultés.
3'20'' n’est qu’un jeu, un jeu collaboratif où l’on fait « comme si… », comme on joue à la dinette. Dans la vraie vie, pas derrière un écran.
Le jeu 3´20'' s’adresse à tout couple ou « binôme » constitué de deux personnes désireuses de faire l’expérience de communiquer autrement, pour, peut-être, se réapproprier des canaux désormais laissés sur le côté.
Faire une expérience pendant un temps court. Une partie dure environ 30´.
Les règles vous apparaîteront à tout le moins surréalistes, à l'image de la situation dont elles sont issues (cfr. La genèse).
1 – Le matériel
- une balle de tennis
- une petite bouteille isotherme
- du café (ou de l'eau), dans la bouteille
- deux gobelets
- un minuteur (le téléphone par ex.)
2 – Les principes
- "Un regard en dit plus que milles mots." Ce principe prévaut dans tous les cas où la règle fait défaut, ou lorsque celle-ci impose le silence.
- 3´20´´, c'est le temps qu'il faut, dans une petite cafetière italienne, pour que le café monte. Pendant ce temps, personne ne parle. Ensuite, un seul joueur peut prendre la parole, le temps d'un café : celui qui reçoit la balle.
3 – Comment jouer
- Marchez en silence. Prenez le temps d'être ensemble, sans parler.
- Quand vous êtes prêt, dites-le d'un regard. Attendez que l'autre le soit aussi.
- Celui qui, d'habitude parle le plus, tend la balle à l'autre. Si vous ne vous connaissez pas : c'est celui qui est le plus à l'ouest qui donne la balle. Donner la balle signifie : "Je t'écoute."
- Celui qui tient la balle prépare un café dans sa tête : dévisser la cafetière, verser l'eau, mettre le café, revisser, poser sur le feu. Quand c'est prêt, un regard, et on lance le minuteur.
- 3´20´´ de silence. On continue de marcher. Regards, gestes, sourires : tout est permis, sauf les mots.
- Le minuteur sonne : arrêtez-vous, face à face. Celui qui a la balle à le droit à la parole, lui seul. Il sert d'abord un café à l'autre, puis à lui-même. Les joueurs restent en contact visuel. Tour à tour, celui qui détient la balle parle, ou pas, à deux ils boivent une gorgée.
- Quand les gobelets sont vides le temps de parole est terminé. Le joueur qui détient la balle la tend à l'autre.
- Il peut aussi ne rien dire. Vous buvez le café en silence. C'est très bien aussi.
- Enchaînez plusieurs cafés. C'est là que l'échange commence vraiment.
4 – Pour arrêter
Celui qui détient la balle la range. Si une prochaine partie est envisagée, il la conserve. Le consensus s'obtient par le regard. Pas besoin d'expliquer. La partie s'arrête, la balade continue. La règle du silence est levée. Le cas échéant, la partie suivante reprendra là où celle-ci s'est arrêtée.
Il n'y a ni gagnant ni perdant. 3´20´´ ne fera pas naître ce qui n'existe pas, mais permettra de voir clairement ce qui est là.
Un jour, un jeune homme nommé Isidore. En société, il ne possède pas les codes. De temps en temps, il joue au tennis. Lorsqu'il est prêt à recevoir le service, à son adversaire, il lance : "Je t'écoute".
Tous les matins, il prend un café.
Plus tard, une rencontre : Ophélie. D'abord un message, puis des échanges. Un coup de fil, un rendez-vous. Retour aux messages, beaucoup de messages.
Et le matin, toujours un café.
Ensuite un deuxième rendez-vous. Après, trop de messages. Pas de rejet, beaucoup d'attente. Être patient. Toujours des messages. Mais plus d'échanges. Pas de règles. Il n'y en a jamais eu.
Isidore a besoin de règles. Comme au tennis.
Et tous les matins, toujours un café. Avec une cafetière italienne. Ici aussi, il faut être patient. Mais le café, lui, il arrive. Tous les jours après la même attente : 3'20''.
Proposer des règles, voilà son idée. Mais lesquelles ? : Isidore imagine un terrain. Mais pas de match, pas d'arbitre, pas de score. Une balade à deux, un silence partagé, une balle de tennis. On la tend, de la main à la main. Par ce geste on dit : "Je t'écoute." Ensuite on attend 3'20'' avant de parler.
Isidore le sait : ses règles ne serviront à rien. Alors, il décide d'en faire un jeu. Un jeu pour les autres. Pas tous les autres, sans doute. Mais surtout, il arrête d'attendre.
Bien sûr, aucun grand chelem ne se gagne si l'on prend un café après chaque service. Mais justement, c'est un peu l'idée.
Imaginez. Un chemin, deux personnes marchent sans rien dire. Un regard : on est prêt. L'un tend la balle à l'autre, et enclenche le minuteur. 3'20'' toujours en silence. Que les pas, les regards. Puis on s'arrête, on se sert un café, et celui qui tient la balle prend la parole. Ou pas. Le silence aussi se partage. On ne peut pas ne pas communiquer.
Ce jeu ne fait pas naître ce qui n'existe pas. Il permet de voir, seulement, mais clairement, ce qui est là.
Il a appelé le jeu : 3'20''. Le temps qu'il faut pour le café soit prêt.
Pour qu'on le soit aussi.
L'auteur
Anton Black est un quidam un peu créatif. Suffisamment pour créer ce site. Et assez naïf pour croire qu'il pourra en amuser certains.